Rapport de Waldeck Rochet au comité central des 7 et 8 juillet 1968 à Nanterre
le rapport étudie successivement les origines de la grève, le déroulement du mouvement, la critique du gauchisme et la réponse du gaullisme, les élections de juin, les taches politiques du parti. Il termine sur la perspective du socialisme et l’enjeu national.
sur la marche au socialisme et l’intérêt national
La condition du succès, c’est d’abord la réalisation de l’unité de lutte de la classe ouvrière et du rassemblement autour d’elle ou à ses cotés des classes moyennes les plus larges de la ville et de la campagne.
La condition du succès de la voie pacifique c’est que la classe ouvrière, grâce à une juste politique d’alliance, parvienne à rassembler dans la lutte pour le socialisme une supériorité de forces telle que la grande bourgeoisie, isolée, ne soit plus en état de recourir la guerre civile contre le peuple.
De ce point de vue, il est clair que ce n’est pas par des violences désordonnées et anarchiques comme celles qui viennent d’être organisées, ni par la guerilla, que prêchent d’aucuns, qu’il est possible d’aller au socialisme en France. Des méthodes qui isoleraient l’avant-garde, si jamais l’avant-garde les faisait siennes, sont des méthodes néfastes qui ne peuvent que mener à la défaite et servir les forces réactionnaires.
Evidemment, refuser l’aventure aveugle, la violence aberrante ne conduit pas à reconnaître que l’action parlementaire serait la seule forme d’action et à fétichiser le Parlement.
Certes, les partisans du socialisme scientifique, de Marx à Lénine, ont toujours combattu les courants anarchistes et le gauchisme infantile qui refusent par principe l’utilisation de la tribune parlementaire et les méthodes parlementaires.
Et, en ce qui nous concerne, nous avons toujours utilisé — quand nous avons pu le faire — la tribune du Parlement pour y faire entendre les exigences populaires, pour y défendre et si possible faire adopter les réformes utiles à la classe ouvrière, mais sans jamais perdre de vue notre objectif révolutionnaire et la nécessité de recourir à d’autres formes de lutte.
En effet, si à certains moments la lutte parlementaire a pris de l’importance dans des pays comme le nôtre, nous avons toujours considéré que c’est avant tout par de multiples actions de masse de la classe ouvrière et des plus larges couches populaires que pourra être modifié le rapport des forces sociales et politiques en faveur de la démocratie et du socialisme.
En bref, l’action du Parlement même le mieux composé — ce qui n’est pas le cas de l’Assemblée actuelle — ne pourra jamais remplacer l’action populaire sous ses multiples formes, l’oublier ce serait tomber dans le « crétinisme parlementaire ».
Il convient donc avant tout d’organiser la classe ouvrière et les couches populaires les plus larges en vue d’actions multiples. L’expérience des dernières semaines a l’étonnante capacité d’initiative des masses ouvrières. Le Parti attachera de plus en plus d’importance aux luttes économiques et sociales de toutes les couches de la population laborieuse et aussi des classes moyennes, urbaines et rurales. Les grands problèmes d’équipement, qu’il s’agisse du logement ou de l’école, retiendront toute son attention. De la pétition la réunion publique, de la réunion à la manifestation sous ses diverses formes, tous les moyens d’action doivent être utilisés dans le cadre de la légalite, selon les circonstances et les possibilites.
Delà, la nécessité, pour les organisations du Parti, d’accomplir un énorme effort d’explication politique et d’organisation des actions, dans la classe ouvrière qui constitue plus que jamais notre base essentielle, chez les intellectuels, dans la paysannerie et parmi toutes les couches sociales victimes de la politique des monopoles, de façon à faire approuver notre programme, nos solutions, nos mots d’ordre d’action, nos initiatives par les ouvriers et les techniciens, les employées, les paysans, les fonctionnaires et les intellectuels, en premier lieu par les jeunes.
Comme le disait déja le Manifeste communiste, la victoire du socialisme ne peut résulter que du mouvement de l’immense majorité au profit de l’immense majorité.
Les évènements de mai-juin ont aussi montré combien notre Parti a raison dans son activité générale d’exprimer son attachement a l’intérêt national et à l’indépendance nationale.
Nous avons vu, au cours de ces dernières semaines, comment les gaullistes ont brandi le drapeau tricolore comme moyen de réclame électorale.
Ils avaient alors beau jeu de l’opposer au drapeau noir de l’anarchie.
Mais ce drapeau tricolore, la classe ouvrière ne peut pas et ne doit pas le laisser a$ ses ennemis. Il a surgi en 1789 des masses populaires soulevées contre les aristocrates. C’était le drapeau de la liberté dressé contre les ordres privilégiés, contre les rois qui, comme de Gaulle, identifiaient la France à leur propre personne.
En ce domaine, aussi, il faut engager et développer en permanence une grande bataille d’idées, car il ne s’agit pas d’une tactique de circonstance.
Depuis bientôt un demi-siècle, notre Parti communiste français, parce qu’il est le parti de la classe ouvrière, a toujours exprimé l’intérêt de la nation française.
Dans toutes les grandes épreuves que la France a subies le Parti communiste français a fait preuve de clairvoyance nationale et s’est affirmé comme le défenseur ardent des intérêts authentiques de la France.
Nous communistes, nous avons toujours combattu et nous combattrons sans ménagement le nihilisme national dont se réclament certains groupes prétendument révolutionnaires.
C’est notre fierté d’avoir rendu à la classe ouvrière, selon la belle expression d’Aragon, « les couleurs de la France ».
La Marseillaise n’est pas un hymne gaulliste, mais c’est le chant national du peuple français et le drapeau tricolore le bien du peuple français tout entier.
C’est pourquoi nous unissons indissolublement les accents de La Marseillaise et ceux de L’Internationale, le drapeau tricolore de la nation et le drapeau rouge des luttes ouvrières.
Et c’est parce que nous aimons notre pays que nous luttons pour que la France cesse d’être un capital à exploiter pour les monopoles et la haute finance.
« l’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte de classes »

(2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler
