Tous ceux qui veulent empêcher la victoire du RN et renverser enfin le rapport de forces pour la solidarité contre les injustices doivent dire clairement comment ils peuvent regagner des millions de voix populaires [1]
Thorez disait en 1937, espérant encore que le Front Populaire allait durer malgré l’appel de Blum à la "pause" « Nous croyons possible le rapprochement avec la plus grosse partie des paysans et ouvriers qui ont encore voté, le 3 mai 1936, à plus de quatre millions pour les candidats opposés au Front populaire. »
Si la gauche ne relève pas le défi de reprendre des millions de voix populaires au RN, elle ne fera pas reculer le vote d’extrême-droite et elle laissera la droite dite républicaine apparaître comme la seule force capable de barrer la route à Bardella au second tour.
Mais pour rompre avec des décennies d’affaiblissement électoral, pour casser le moteur du vote RN et lui arracher des millions d’électeurs, on ne peut en rester aux illusions, aux compromis de la gauche plurielle, de la NUPES ou du NFP. Et plus on fait du vote un enjeu identitaire, les populistes contre les progressistes, les humanistes contre les racistes, plus on renvoie les colères sociales vers l’individualisme et le défaitisme social que porte l’extrême-droite, plus on creuse les fractures qui divisent notre peuple.
– On ne peut faire reculer l’acceptation des injustices sans affirmer qu’on peut garantir les droits de tous parcequ’on peut garantir un emploi pour tous, autrement dit, sans avoir un plan concret de réindustrialisation massive. La gauche doit affirmer qu’il faut travailler plus pour pouvoir répartir plus ! La justice fiscale n’est pas le moyen de la justice sociale mais le moyen de financer nos investissements [2].
– On ne peut faire reculer la peur de la dette sans affirmer qu’on peut trouver un chemin de croissance longue pour produire beaucoup plus de richesses qui permettront elles-mêmes d’accélérer le développement. Portons des projets concrets en nombre de kilomètres de trains, TGV, intercités, RER, métro, trams, en nombre de logements construits et rénovés, en amélioration massive de la capacité et de la qualité des équipements publics, scolaires, de santé, sociaux, sportifs, dans toutes les régions et pas seulement pour les métropoles, et donc en tonnes de bois d’œuvre, de béton, d’acier, en millions de composants électroniques... [3]
– on ne peut faire reculer la peur des guerres sans montrer qu’elles viennent de la crise mondiale du système dollar, que son déchaînement militaire est en échec face aux résistances du Sud, face à la Russie, au Venezuela, à l’Iran et bien sûr à la Chine. Il faut affirmer une politique souveraine d’une France qui rompe avec l’impérialisme et le néocolonialisme et construise son développement dans les coopérations avec les pays du Sud, Russie, Chine, Algérie... et engage un partenariat de long terme avec les BRICS [4].
C’est pourquoi les communistes devraient lancer un appel à tous les progressistes, à toutes les forces politiques et sociales, à tous les militants autour d’un petit nombre de propositions de rupture fortes tournées vers la reconquête du vote populaire d’extrême-droite. C’est la meilleure réponse à la candidature solitaire de Jean-Luc Mélenchon qui se présente comme le sauveur face au RN sans jamais dire comment il peut le faire reculer dans les urnes.
- nationalisation de TOTAL Energie et ARCELOR-MITTAL, avec indemnisation limitée et négociée pour les actionnaires étrangers et institutionnels
- Baisser les factures d’électricité de 30% en baissant la TVA et en sortant du marché européen de l’énergie.
- Financement par l’état et le 1% logements de la construction de 200 000 logements sociaux diversifiés et de qualité, avec un plan concret discuté dans toutes les entreprises contribuant au 1%
- Retour à la SECU à 100% avec financement par les cotisations, suppression de la CSG, et retour à la gestion paritaire avec élections sur le lieu de travail des conseils d’administration des caisses primaires pour définir le financement des politiques de santé
- Ouverture de 200 000 places de formation professionnelles annuelles jusqu’à Bac+2 pour généraliser la maîtrise des usages du numérique et former aux métiers nécessaires à la réindustrialisation
- Création en 3 ans de 20 000 emplois dans la justice, 60 000 dans la police et les douanes, 40 000 dans la prévention et l’éducation. Publication annuelle par chaque commissariat ou gendarmerie d’un bilan local de la tranquillité publique
- Mettre en place un moratoire sur les licenciements et créer un fonds de 500 milliards d’euros pour une nouvelle industrialisation sociale et écologique du pays et les services publics.
- -# Sortie de l’OTAN, réorientation des budgets militaires vers une défense nationale souveraine, technologiquement et industriellement, rappel de nos forces extérieures et arrêt du projet de deuxième porte-avion
- Inscription dans la constitution d’un droit de suspension nationale de toute directive européenne contraire à nos intérêts
- Action résolue avec l’ONU pour faire cesser les guerres, organiser avec les pays du Sud un plan international de développement des pays d’émigration pour leur permettre de vivre et travailler au pays et faire cesser les migrations de la guerre et de la misère.
La victoire contre le RN ne sera pas le résultat de calculs électoraux, d’alliances opportunistes, de grandes campagnes médiatiques. Elle exige des millions de dialogue dans tous les milieux populaires pour montrer que les peuples n’ont pas le choix, accepter les injustices, c’est se condamner soi-même, accepter les guerres, c’est les payer sur les dépenses utiles pendant que les bourses explosent pour les profiteurs de guerre. Il n’y a pas d’autres alternatives aux crises qui bouleversent nos conditions de vie que de construire une autre société, fondée sur le travail et la coopération avec le sud global.
La base commune du 40e congrès propose de l’appeler le socialisme. C’est le débat le plus utile pour faire reculer le RN !
« l’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte de classes »

(2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler
