Aller vers MAGA signifie en réalité aller vers MIGA. Mais la direction prise n’est-elle pas celle de MALA ?

, par  Jean-Claude Delaunay , popularité : 16%

Nous savions que, en tant que Chef de l’Etat impérialiste le plus puissant de l’Impérialisme Global, Trump n’était fondamentalement pas différent de Biden, lequel n’était pas fondamentalement différent d’Obama, et ainsi de suite. S’il est vrai que le marxisme a une portée explicative réelle du monde, ce sont, à notre époque, les caractéristiques économico-sociologiques d’une société qui sont déterminantes de la politique et des comportements de ses dirigeants. Et comme le très grand capital monopoliste est toujours la classe sociale qui domine ce pays, pourquoi ceux qui ont en charge son Etat et qui en sont les mandataires agiraient-ils contre les intérêts de cette classe ?

Ce que nous savons également est que l’Etat est aussi, ou devrait être, l’instance d’adaptation souple de la politique de défense et de promotion des intérêts du très grand capital (les 1 % comme on dit). C’est un point sur lequel avait insisté Poulantzas. Mitterand, par exemple, et le Parti socialiste dont il était le secrétaire, ainsi que des gens comme Gros Quinquin, Delors, etc., furent en France les chevilles ouvrières (si l’on peut dire) de cette adaptation pour le plus grand service des 1 % de ce pays. Bref, Trump n’est pas au garde-à-vous près de son téléphone attendant les ordres venant du Complexe Militaro-Industriel. Il a été élu, avec des réticences d’ailleurs, pour avoir, lui et son équipe, de l’imagination. Car l’avenir n’est jamais à l’avance tracé au cordeau.
C’est ce que nous dit le marxisme et c’est ce que la très grande bourgeoisie et les imbéciles qui la soutiennent appellent la démocratie.

Le slogan électoral de Trump et de sa bande, c’est MAGA : Make American Great Again. Mais parler d’America, c’est pour les gogos, les rednecks du Tenessee. « America mon cul » comme l’aurait peut-être dit Queneau faisant un clin d’œil à Zazie. On a donc attendu ce que voulait dire réellement MAGA et dans un premier temps, il y a eu l’épisode des tarifs douaniers. C’est la tradition républicaine du protectionnisme économique.

Cela dit, on n’est plus en 1930. Le grand Capital Nord-Américain s’est dilué dans le monde entier et on ne voit pas très bien pourquoi il reviendrait s’enfermer dans l’étroit marché des « States ». Ce qui ressort aujourd’hui de tout ça est que les tarifs sont une arme politique à l’égard des pays ayant besoin du marché nord-américain. C’est un gros bâton d’un nouveau genre, encore que pas très nouveau. Mais ils ne sont pas, et ne peuvent pas être, un instrument de politique économique d’industrialisation de ce marché.

Ce qui se dégage de tout le fatras Trumpien est donc la ligne réelle de ce à quoi son imagination et celle de son équipe ont abouti, à savoir MIGA : Make Imperialism Great Again. Pour eux, évidemment, Imperialism signifie Américan Impérialism, et les petits branleurs impérialistes du type Macron sont tenus pour ce qu’ils sont c’est-à-dire des faux-poids.

Ils auront le Groenland, les USA, d’une manière ou d’une autre et si possible en signant un contrat. Les anglo-saxons adorent cacher leur hypocrisie derrière des contrats. Ils espèrent bien continuer de contrôler l’Amérique latine où ils ont encore des soutiens serviles. Quant à la Russie, ils admettent implicitement que l’attaquer par les armes était une erreur et sont certainement en train de réfléchir à d’autres moyens de la dominer.
Ce que je crois devoir souligner pour les lectrices et les lecteurs de ce site est le rôle que tient à mon avis le pétrole dans la construction de MIGA. Contrôler le pétrole, c’est contrôler, en tout cas dans l’instant, une matière première se négociant encore en dollars. En effet, c’est bien pour Trump, de construire MIGA. Mais la dette extérieure américaine en dollars est un trou béant dans cette construction. C’est pourquoi, à mon avis, les Trumpiens sont si attentifs au pétrole vénézuélien et autre. Quand le pétrole est négocié en dollars, il faut acheter des dollars pour le payer. Or acheter des dollars est un soutien apporté au cours de cette monnaie mondiale sur les marchés. MIGA, me semble-t-il, comporte donc deux volets. 1) Un volet militaro-terrestre dans lequel le Groenland occupe désormais une place importante, 2) Un volet pétrolier visant à soutenir le dollar.
Voilà où l’on en est. Que peut-on en dire ? Je crois que cela montre combien l’Impérialisme n’est pas prêt à céder la place facilement. Il est même décidé à ne pas la céder. Lorsque la Grande-Bretagne a passé la main aux Etats-Unis, entre les deux guerres mondiales, cela s’est fait dans la douleur des étranglements financiers et dans une ambiance de guerre générale dans laquelle ces deux pays se retrouvaient alliés contre les nazis et les shintoïstes. Mais au fond, un impérialisme dominant déchu cédait la place à un autre impérialisme, plus gros, plus fort, plus inventif.

Maintenant, ce n’est plus pareil. Il s’agit de céder la place à un grand pays socialiste, un pays qui non seulement a de la puissance mais qui a aussi et avant tout de la morale. Un événement considérable vient de se produire en Chine, une visite officielle de plusieurs jours des dirigeants du Canada. Avec l’épisode du Groenland, les classes dirigeantes de ce voisin des Etats-Unis commencent sérieusement à serrer les fesses. En même temps que s’élabore MIGA, nous voyons ici l’une des possibilités d’aller vers MALA : Make America Little Always. Mais rien n’est gagné d’avance. Une grande guerre est toujours possibles. Les dirigeants des Etats-Unis ne sont pas mieux que ceux qui dirigèrent l’Allemagne nazie ou le Japon shintoiste. Ce sont des criminels.
Jean-Claude Delaunay

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