Un pas en avant !
Cette journée du 5 novembre est un pas en avant, mais tout le monde réalise aussi qu’il faudrait encore plus pour transformer la presque ouverture de négociation par le pouvoir et le patronat en premières remises en cause de la politique économique menée depuis des décennies.
Le pouvoir a pourtant tout fait pour empêcher que "l’étincelle ne mette le feu à la plaine...", on pourrait dire "l’étincelle lycéenne ne mette le feu à la plaine populaire...". Il croyait que la bataille idéologique du "pas d’alternative" avait gagné, et patatras, même dans la confusion, il doit tenter de dire que peut-être on peut faire un peu différemment, revoir parcous-sup, gérer les carburants autrement, et même donner un coup de pouce au SMIC...
Il a tout fait pour que la violence et la casse démobilise une part des mécontents. La gestion du "maintien de l’ordre", transformé en "maintien du désordre", permettant une déferlante d’images répétées, l’incendie de Limoges, de Lyon, les affrontements entre jeunes en noir et policier en robocop. Les habitués des journées syndicales ont été souvent surpris des charges répétées sur les cortèges, piégeant des milliers de manifestants ne sachant où aller et poussant des milliers de jeunes dans la colère vers l’affrontement.
Il faut souligner les conditions inédites de restriction du droit de manifester, dans les contraintes sur les parcours, les modifications de dernière minute, les sommations inaudibles, les charges contre les cortèges syndicaux, le ministre de l’Intérieur réduit à un ministre de la répression promettant en permanence « une réponse d’une extrême fermeté » aux débordements. C’est un bras de fer sur les libertés que le pouvoir a perdu ce 5 novembre, comme le dit le délégué CGR Renault Trucks « On sent un phénomène cumulatif : la sympathie à l’égard du mouvement des lycéens et les gens s’interrogent sur les restrictions des libertés […] Cela a créé un sursaut de la part de gens qui d’habitude ne s’expriment pas trop »
Sophie Binet (CGT) dénonce comme « inédit de telles remises en cause des libertés fondamentales » et souligne : « Ils ont tout essayé pour casser la mobilisation, ils ont essayé la répression, ils ont essayé les vacances, ils ont essayé les violences, ils n’ont pas réussi », ajoutant que « plus vous attendez, plus la facture s’élèvera »
Le pouvoir ne réalise pas la profondeur d’une colère qui relie toutes les catégories populaires comme le montre cette pancarte « Des lycéens mutilés, soignés dans des hôpitaux délabrés, par des soignants sous payés »
Ce pas en avant doit en entraîner d’autres !
Le mouvement social doit trouver les formes pour dépasser les limites sur lesquelles il a butté dans la bataille des retraites, des lois travail, ou des statuts des cheminots.
Il a déjà levé une limite ancienne, il n’attend plus l’élection, il la précède, il la bouscule, il impose ses revendications dans le débat médiatique.
Il lui faut lever la limite principale. Comment passer de 1 à dix millions de manifestants ? Comment passer de la mobilisation sur une journée à le mobilisation dans la durée ? Et surtout, comment passer de la manifestation à la grève ? Comment renouer avec la capacité d’organiser des piquets de grève, poussant au dialogue en vérité sur le terrain avec la majorité des salariés ?
C’est le terrain principal de la bataille aujourd’hui. Il nous faut rapidement une journée nationale de mobilisation des grèves ! Il faut dans chaque département des dizaines de sites où organiser des piquets de grève avec les travailleurs. Le parti communiste devrait lancer un appel en ce sens et mobiliser ses militants pour le diffuser aux portes des entreprises.
« l’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte de classes »



(2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler
