Près de Kiev, une prison secrète et un silence gêné par Pablo Biancarelli (Liberté Actus)

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La découverte de ce qui serait une chambre de torture dans une installation de la garde nationale ukrainienne à Petropavlivska Borshchahivka, dans la banlieue de Kiev, a suscité une vague d’indignation en Ukraine.

Cette prison secrète, comme la décrivent les manifestants et les proches des détenus, n’était pas aux mains d’une milice parallèle. Elle relevait d’une unité régulière de la Garde nationale, rattachée au 1er corps Azov, lui-même issu du régiment néofasciste qui s’est illustré par ses crimes de guerre durant la guerre du Donbass. Un corps officiel de l’État ukrainien, donc, qui s’adonnerait à des pratiques de miliciens. Les personnes détenues étaient apparemment des mobilisés et des déserteurs, comme il y en a beaucoup dans cette Ukraine où la mobilisation forcée est de plus en plus impopulaire.

Le témoignage d’un adolescent de 14 ans, qui affirme avoir été tabassé à coups de pelle et humilié par des hommes cagoulés après avoir tenté d’escalader la clôture pour appeler à libérer les détenus, a particulièrement marqué l’opinion. La Garde nationale a sa propre version : le garçon serait tombé d’un arbre, pile sur le terrain, et ses hommes l’auraient fait entrer pour le protéger. On ignorait que les arbres de la banlieue de Kiev pouvaient laisser de telles traces. Les services de sécurité ukrainiens ont affirmé avoir identifié au total une centaine de personnes rassemblés autour de cette prison secrète pour réclamer la libération des détenus, et prévoiraient de les arrêter. Les miliciens néofascistes qui auraient illégalement emprisonné et torturé des gens dans cette prison ne sont apparemment pas ciblés.

Pour ne rien arranger, le chef du Bureau du président Zelensky, Kyrylo Budanov, a admis qu’il y avait de nombreuses autres installations de ce type dans tout le pays. Il s’en est expliqué : l’armée est passée de 200 000 à un million d’hommes, et faute de casernes, 80 % des militaires n’auraient pas de lieu de stationnement permanent. C’est donc tout un réseau de lieux informels, hors de tout cadre, que le pouvoir reconnaît lui-même.

L’information a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, un certain nombre de journalistes indépendants l’ont relayé. Mais du côté des médias occidentaux, on constate un silence gêné. Certains tentent de désamorcer le scandale comme s’il s’agissait d’un non-évènement, d’autres crient à la propagande russe. Comme si la réalité du régime en place à Kiev depuis 2014 ne pouvait pas être constatée. Comme s’il était impossible de reconnaître que l’Occident s’est fourvoyé en présentant l’Ukraine comme une démocratie en devenir faisant face à une Russie qui incarnerait « le totalitarisme et le révisionnisme ».

Les éléments ne manquaient pas pourtant, depuis 2014, pour alerter sur la brutalité du régime ukrainien. Une des mesures du gouvernement ukrainien issu de Maïdan a été d’interdire le Parti communiste ukrainien en l’empêchant de brandir ses symboles et de défendre son programme. Ses militants sont pourchassés à travers le pays et contraints à la clandestinité depuis plus de 10 ans. L’héritage soviétique a été criminalisé, pendant que les nationalistes ukrainiens étaient réhabilités malgré leur participation massive à l’extermination des juifs et des Polonais pendant la seconde guerre mondiale. Et les militants néofascistes défilent tranquillement à Kiev, chaque 1er janvier, pour célébrer le jour de la naissance de Stepan Bandera, principal chef de cette mouvance notoirement reconnue pour sa proximité historique avec le nazisme.

Pendant la guerre civile ukrainienne (qui a duré de 2014 jusqu’à l’intervention russe en 2022), les milices d’extrême droite ont commis de nombreux crimes de guerre. En septembre 2014, le quotidien Newsweek allait jusqu’à comparer certains de leurs actes à ceux de l’État Islamique en Syrie. Et les victimes civiles dans le Donbass se comptaient par milliers entre 2014 et février 2022, principalement du fait des tirs des forces armées ukrainiennes.

Les auteurs du massacre d’Odessa, perpétré le 2 mai 2014 et qui a coûté la vie à une quarantaine de personnes brûlées vives (dont de nombreux communistes), n’ont jamais été poursuivis en justice. La Cour Européenne des droits de l’homme (CEDH), pourtant peu suspecte de sympathies prorusses, a officiellement condamné l’État Ukrainien pour son inaction face à ce massacre.

Et que dire de la persécution des frères Kononovich, dirigeants de la Jeunesse Communiste, emprisonnés depuis l’attaque russe de février 2022 et maltraités en prison ?

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Ces éléments étaient connus depuis 2014. Les faits permettaient de comprendre que tout n’était pas tout noir ou tout blanc, et que le régime installé à Kiev avec le soutien des États-Unis n’était pas démocratique et piétinait les droits de l’homme. En France, un rapport parlementaire alertait dès 2016 en indiquant que « les ONG de défense des droits de l’homme ont documenté, dans les deux camps, des cas assez nombreux – plusieurs centaines sans doute au printemps 2014 – d’arrestations arbitraires, de mauvais traitements et de torture, de rançonnement, voire d’exécutions sommaires. »

Deux questions se posent maintenant : pourquoi les médias occidentaux, dans leur masse, ont ignoré cette réalité ? Et plus dérangeant encore, pourquoi les progressistes occidentaux ont-ils été si peu actifs pour dénoncer ces exactions et la propagande qui les justifiait ?

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