Le socialisme : conquérir partout le pouvoir pour reprendre la maîtrise de notre avenir

, par  Marie-Christine Burricand , popularité : 5%

Intervention de Jean-Paul LEGRAND Université d’été du PCF - Toulouse - 23 août 2026

Camarades,
Lorsqu’on m’a proposé de parler du socialisme, je me suis dit que le sujet était
aussi vaste que notre histoire. Nous pourrions passer des heures avec Marx et
Engels, Lénine et Gramsci, Mao Zedong et Fidel Castro, ou encore avec Michel
Clouscard, Lucien Sève, Louis Althusser, Paul Boccara, Domenico Losurdo et
bien d’autres grands intellectuels et militants marxistes qui n’ont jamais
séparé la théorie de la pratique révolutionnaire. Mais allons à l’essentiel.
Et l’essentiel en 20 minutes, vous en conviendrez, n’est pas tâche facile. Je
vais essayer de faire de mon mieux et je vous remercie de votre fraternelle
indulgence.

Car la question politique fondamentale qui nous est posée aujourd’hui est
simple : pourquoi reparler encore du socialisme en 2026 ? Depuis plus de
trente ans, on nous explique que l’Histoire aurait tranché, que le capitalisme
serait devenu l’horizon indépassable de l’humanité. Pourtant, regardons le
monde. Jamais l’humanité n’a produit autant de richesses, jamais elle n’a
disposé d’autant de connaissances scientifiques et de capacités techniques.
Et pourtant, jamais autant de femmes et d’hommes n’ont eu le sentiment de
ne plus maîtriser leur propre existence. Ils travaillent davantage sans être
certains de vivre mieux, voient fermer leur usine et disparaître des services
publics, et subissent des décisions prises loin d’eux, dans les conseils
d’administration des grands groupes financiers. Voilà le paradoxe : nous
savons produire énormément de choses, mais nous décidons de moins en
moins.

Nous vivons précisément la deuxième grande révolution anthropologique de
l’humanité. Après l’agriculture, c’est celle de la révolution informationnelle :
les hommes ont appris à mettre des informations dans des machines capables
de transformer profondément toutes les activités humaines.
Je voudrais prendre un exemple très personnel. Quand j’avais vingt ans, je
n’aurais jamais imaginé que vingt-cinq ans plus tard je rencontrerais mon
épouse, Vanessa, grâce à Internet, alors qu’elle vivait au Venezuela, à l’autre
bout du monde. Tout simplement parce que quand j’avais vingt ans, les
ordinateurs n’étaient pas encore accessibles au grand public et qu’Internet
n’existait pas.

À l’échelle d’une vie humaine, les forces productives se sont développées à
une vitesse absolument extraordinaire. Une génération du XXIᵉ siècle peut
connaître, au cours de sa propre existence, des transformations extrêmement
rapides et profondes que plusieurs siècles auraient été nécessaires autrefois
pour les accomplir.

Les possibilités de l’humanité sont devenues sensationnelles, prodigieuses,
immenses. Mais la question demeure : au service de qui sont-elles mises ? Le
problème n’est pas que l’humanité soit devenue capable de faire des choses
extraordinaires, c’est que les rapports de production capitalistes sont devenus
un frein au développement de ces forces productives.
Par son développement, le capitalisme a lancé sur le circuit un bolide de
l’humanité tellement puissant que chacune de ses décisions de conduite
risque de nous conduire à la sortie de route mortelle. Il devient urgent de
changer de pilote ! Et le meilleur pilote qui soit, c’est le monde du travail, c’est
la classe travailleuse !

Le socialisme est la réponse historique à ce capitalisme qui empêche
l’humanité de poursuivre sa marche. Il pose en permanence la question
décisive : Mais enfin, qui décide ? Qui exerce le pouvoir, et au nom de qui ?
Notre 40ᵉ Congrès a eu raison de parler du socialisme comme d’un processus.
Notre texte définitif dit quelque chose de très clair : « Il nomme socialisme
cette rupture avec le capitalisme jusqu’à son dépassement. Le socialisme est
un processus historique de transformation sociale visant l’émancipation
humaine. Il s’agit d’une société de transition, marquée par la coexistence et la
confrontation entre des logiques héritées du capitalisme et des formes
nouvelles de production, de propriété et de pouvoir appelées à se développer.
 »
Vous remarquerez l’esprit profondément dialectique de cette phrase dans
laquelle se trouvent les mots coexistence et confrontation : à la fois d’un côté
la coexistence et de l’autre la confrontation entre des logiques héritées du
capitalisme et de celles, nouvelles et novatrices du socialisme !
C’est dire que rien n’est tracé d’avance et que la lutte pour aller vers le
communisme posera inéluctablement d’autres immenses défis dont celui
d’une démocratie beaucoup plus développée pour que notre peuple dispose
de tous les moyens afin d’empêcher la grande bourgeoisie de reconquérir sa
domination.

Et notre document de congrès ajoute : « Le socialisme s’organise autour de
cinq piliers : planification démocratique d’objectifs sociaux, économiques et
écologiques ; appropriation sociale et publique ; coopérations territoriales et
internationales ; promotion des droits et des libertés ; émancipation
culturelle. »

Mon projet n’est pas ici de vous citer le long et très intéressant
développement de notre document de congrès sur le socialisme que je vous
invite à relire pour en mesurer la portée concrète dans nos actes militants
mais plutôt d’en souligner l’urgente nécessité et possibilité pour notre pays
comme la réponse concrète aux graves crises qu’il connaît.
Le socialisme ne tombe donc pas du ciel un soir d’élection. Il grandit chaque
fois que des femmes et des hommes conquièrent un pouvoir nouveau.
Autrement dit, le socialisme commence dès maintenant, dans l’action
quotidienne et la conscience de classe des exploités.

Comme l’écrivait Marx : « À la place de l’ancienne société bourgeoise, avec ses
classes et ses antagonismes de classes, surgit une association où le libre
développement de chacun est la condition du libre développement de tous. »
Pour cela, notre manière de faire de la politique doit changer. Elle commence
par un acte profondément révolutionnaire : écouter.
Écouter oui, car le libre développement de chacun passe par l’altérité, la
reconnaissance de l’importance de chaque personne, de son histoire, de sa
culture, cela suppose que nous considérions chaque personne que nous
rencontrons comme l’espoir précieux de notre émancipation collective.
Écouter la caissière, écouter le conducteur de bus, écouter l’infirmière,
écouter l’enseignant, écouter l’ouvrier, écouter l’étudiant, le jeune en
précarité, écouter le paysan, le laborantin, oui écouter notre peuple dans sa
diversité et le considérer comme la chance qui nous est offerte de
transformer cette diversité en union et en action. Les écouter parce qu’Ils
connaissent les absurdités et les gâchis de l’organisation capitaliste du travail,
les gaspillages, les souffrances, les privations et qu’ils réclament leur dignité.
C’est donc surtout dans les entreprises que cette question devient concrète si
nous voulons reconquérir le monde du travail.

J’ai retrouvé à l’occasion d’un reportage pour l’excellent journal communiste
Liberté-Actus, cette réalité chez les ouvriers d’Hydro Profilage Aluminium,
dans la Carmausin dans le Tarn Garric, lors de leur lutte sur les salaires à la
mi-juin dernier. Ils ont fait grève plus de dix jours. Mais derrière la
revendication salariale est apparue une colère plus profonde.
Lors de leur assemblée générale, les paroles ont fusé de partout. Le leitmotiv
était simple : personne ne leur demandait jamais leur avis.
Pendant ce temps, ils subissaient les réductions d’effectifs. Moins nombreux,
plus sollicités, plus de pression, moins de reconnaissance. Comment produire
autant quand vous étiez cinq ouvriers sur une presse et que vous n’êtes plus
que trois ou quatre ? La fatigue, la chaleur, l’insécurité croissante, des salaires
insuffisants.
Et dans une société qui possède un tel développement technologique, une
question devient inévitable, presque évidente : pourquoi des robots ne
pourraient-ils pas effectuer certaines tâches pénibles pour libérer les
travailleurs ? Pourquoi les ouvriers et les techniciens ne pourraient-ils pas
consacrer davantage de leur temps à organiser rationnellement eux mêmes
la production et à contrôler les machines ? Face à cette révolution numérique
en cours, la véritable question n’est pas de savoir si les robots vont supprimer
nos emplois, mais dans quel système économique ces robots vont-ils être
utilisés ?

Dans le capitalisme, chaque progrès technique peut devenir une menace
pour l’emploi, les salaires, les conditions de travail. Dans une société
socialiste, la même machine pourrait avoir une toute autre signification : le
robot ne remplacerait pas l’ouvrier, il remplacerait la pénibilité. L’intelligence
artificielle ne servirait pas à supprimer des emplois, elle pourrait libérer du
temps pour la formation, la recherche, l’amélioration de la qualité, la sécurité
au travail et le développement de nouvelles activités utiles à la société.
Cette question de la révolution technologique est au cœur de l’affrontement
de classe et nous devons la prendre à bras le corps comme un moyen
extraordinaire d’illustrer ce que pourrait être le socialisme dans notre pays.
Si je vous ai parlé de cet exemple c’est que la faiblesse de la gauche, c’est sa
faiblesse de classe, le fait d’être profondément coupée du monde du travail.
La solution n’est pas de polémiquer avec les autres partis ce qui soit dit en
passant participe à la perception négative qu’ont nos concitoyens de la
politique, la solution c’est d’abord et avant tout le débat avec celles et ceux
qui travaillent à partir de leurs préoccupations, de leur réalité au cœur de
l’atelier, de l’hôpital, de l’école de leur bureau, de leur laboratoire ou de leur
exploitation, sans se laisser entraîner dans les thèmes de l’adversaire qui
visent à nous écarter des questions fondamentales que nous venons de voir.
Ce débat pour redonner de la force au mouvement populaire et au
rassemblement à gauche ne doit surtout pas esquiver la situation
internationale.

Cette reconquête du monde du travail s’inscrit aussi dans un monde où
l’impérialisme est devenu extrêmement agressif et criminel, semant la guerre
et la misère.
Et si il l’est encore plus qu’hier c’est qu’il craint le soulèvement des peuples,
c’est aussi parce qu’un monde multipolaire est en train d’émerger, dans
lequel la Chine joue notamment un rôle politique majeur pour faire vivre une
autre conception des relations internationales en proposant une nouvelle
gouvernance mondiale fondée sur l’égalité de droits entre les nations. Il s’agit
avec le socialisme pour lequel nous luttons de combattre résolument
l’impérialisme, d’agir pour le droit de chaque nation de disposer d’elle même
 !

En ce sens la question de l’indépendance nationale est directement liée à celle
du socialisme, notre souveraineté nationale doit être populaire : nous
voulons reconquérir nos capacités industrielles, scientifiques, énergétiques et
économiques pour les mettre au service de l’intérêt collectif. Nous voulons
que la France ne s’aligne sur aucune puissance, sorte de l’OTAN et agisse pour
la paix.
C’est aussi notre réponse à l’extrême droite. Le RN a bien compris que la
colère est là, immense. Mais il transforme l’insécurité sociale en haine en
livrant des boucs émissaires et en préparant le terrain de la division espérant
que le grand capital la choisira pour gérer les affaires du pays. Ce dernier en
a déjà créé les conditions et il travaille pour que droite et extrême droite se
renforcent en tablant sur la faiblesse de la gauche.

Nous avons donc une responsabilité historique de redonner à la gauche sa
force mobilisatrice, c’est à dire d’abord et avant tout son contenu de classe
sans attendre les élections et c’est le sens à mon avis de placer la question du
socialisme au coeur de notre pratique permanente.

Les candidats communistes à toutes les élections doivent à mon sens être au
service de ce combat avec notre objectif de transformer la colère en
conscience, la conscience en organisation, l’organisation en pouvoir.
Alors oui, camarades, reparlons du socialisme aux couleurs de la France.
Faisons partout de nos élus des points d’appui pour les luttes, et de nos
campagnes électorales des moments de conquête au sens du développement
des capacités populaires non pas pour déléguer leur pouvoir et de les voir
confisquées mais au contraire pour les renforcer davantage, pour que le
mouvement populaire soit plus uni et beaucoup plus conscient et combatif.
Pour cela faisons en sorte qu’à chaque fois que nous intervenons quelque
part, avant, pendant, après nos campagnes electorales, quelque chose
demeure après nous : une relation, une lutte, des adhésions au parti, la
création d’une cellule, une confiance nouvelle, une capacité d’agir, une
organisation qui se construit prenant des initiatives sans attendre des
directives et soit utile a l’action et à la conscience de classe.
Car notre responsabilité de communistes n’est pas de promettre aux femmes
et aux hommes que nous changerons leur vie à leur place, mais de leur dire
qu’ils possèdent la force de tout changer si ils s’unissent en faisant
l’expérience progressivement que c’est leur action qui modifie le cours des
choses dans le sens de leurs intérêts, et non les discours des tribuns, ni les
déclarations politiciennes et démagogiques des uns et des autres.
Mes camarades, dans son magnifique texte Épilogue, Louis Aragon écrit : « Le
drame il faut savoir y tenir sa partie, et même qu’une voix se taise. Sachez-le
toujours le chœur profond reprend la phrase interrompue. »

Dans le drame de l’histoire, nous les communistes, il faut savoir y tenir notre
partie. Tenir bon même dans les situations les plus difficiles. Nous sommes
une génération parmi d’autres, héritiers des combats de ceux qui nous ont
précédés et dont nous devons être très fiers, avec le devoir de transmettre
une force plus grande que celle qui nous ont léguée.
Je voudrais en ce sens et pour terminer rendre hommage à une camarade
que j’affectionne particulièrement, une dame qui malgré bien des outrages
qu’elle a subis n’a jamais cédé dans notre combat pour le communisme. Soit
dit en passant cette camarade fait le meilleur pistou de Marseille.
Ancienne dirigeante de notre parti, cette intellectuelle communiste s’est
battue, y compris au sein de notre parti, pour nous transmettre le relais,
notamment avec son site internet « Histoire et Sociétés ». Pendant que tout le
monde nous appelait à abandonner le combat pour le socialisme, elle a tenu
bon, elle n’a rien lâché, elle n’a jamais abdiqué.
C’est à elle, notre camarade Danielle Bleitrach, que je veux dédier mon
intervention et que je veux dire : merci et j’ajouterai : Chère Danielle, toi qui
étais une grande amie d’Aragon, nous savons ce que nous avons à faire :
Comme toi, ne rien lâcher. Tenir notre partie. Écouter. Organiser. Construire.
Conquérir des pouvoirs, toujours au plus près de ceux dont les souffrances
peuvent et doivent se transformer en action.
Alors, camarades, le socialisme n’est pas seulement le but de notre combat. Il
doit déjà être la manière dont nous menons ce combat.
À nous maintenant de tenir notre partie, de travailler toujours plus
collectivement et fraternellement. À nous de conquérir des pouvoirs. À nous
de reprendre la maîtrise de notre avenir.
Merci, camarades.

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